Expérience


Expérience


En Asie. 2 semaines en Chine, 30 jours en Mongolie. Je ne sais pas à quoi m'attendre ni ou je vais. Je ne connais rien ni personne. Voici l'expression des impressions d'un parachuté à l'autre extrémité des cultures. Un grand type un peu perdu qui sort de son ile placenta pour essayer de renaître dans un autre monde, juste pour voir...

J'essaierai, au gré des possibilités, d'inscrire ici quelques extraits de mes notes de voyage.

Sunday, July 24, 2011

Au milieu du désert

Jour 3… Ça sent le sable dans le camion, qui file à travers la poussière. Une odeur jamais sentie avant; le sable, juste le sable. C’est sec et ça sent sec, et le paysage devient sable, beige sable. J’aime beaucoup ce décor, quelque chose que je ne vois qu’en photo. Sable et bleu, sable et ciel. Je suis absorbé. Les gens parlent anglais dans le 4x4 et je ne comprends rien, j’entends une rumeur opaque de phonèmes familiers qui m’intéresse moins que ce qui nous englobe, ce paysage gigantesque, cette pleine. Nous la parcourons durant une dizaine d’heures, encore et comme toujours.

Après quoi nous arrivons aux dunes. En sortant du camion la terre ne s’intéresse plus à moi… je sens m’envahir une faiblesse intense. S’en suivent des étourdissements, maux de tête… J’ai compris que la déshydratation arrive sournoisement, sans trop qu’on la soupçonne. Je n’ai pas soif, mais l’air très sec et le sable, qui vient éroder mes bras et mes jambes, les soulager du gras et de l’humidité, s’occupent de moi de l’autre côté, par les pores de ma peau. Mon urine, d’un jaune orange très opaque, a mis quelques jours avant de redevenir normale. J’ai dû boire lentement et en grande quantité jusqu’à ce que la couleur de ma pisse redevienne transparente.

Pendant ce temps, tout de même, nous voilà dans le vrai désert. Enfin, à ses portes. Le Khongor Sand Dunes est un endroit très au sud (« près » de la frontière de la chine… il ne faut surtout pas essayer de se rendre en chine en passant ici) qui « démarque » la frontière d’un désert de sable gigantesque, impressionnant, un peu épeurant quand on se figure son hostilité. En organisant cette expédition, nous avons vu sur la feuille « Khongor Sand Dunes »… « Sand Dunes »! Ces mots arrivent à notre cerveau comme une promesse, une raison de se mobiliser. Nous imaginant au sein de ces Dunes, nous avions choisi d’y rester 2 jours plutôt qu’un seul. Donc une journée complète après l’arrivée. Très bonne décision car première journée, nous arrivons milieu d’après-midi : une tempête de sable nous empêcha de faire, je dirais, tout ce qu’on peut faire dans le désert à l’extérieur d’une Ger, Tel que rencontrer les chameaux qui allaient nous amener aux dunes, puis escalader ces dites dunes. Il fallait donc attendre au lendemain. La fin d’après de l’après-midi fût assez relax, à prendre des photos de la tempête, à l’abri dans la Ger, à manger, boire de l’eau chaude et du thé, jouer aux cartes.





Les chameaux sont de belles bêtes, mais celles-ci ont été dépourvues de leur dignité avec la volonté des humains de les domestiquer, de les rendre utiles. Un gros morceau de bois est enfoncé dans leur nez afin qu’ils restent calmes et obéissants. Pour les contrôler, un petit coup sur la corde et hop! À Gauche, à Droite, arrête, avance. (C’est pas si simple pour les touristes, mais pour les mongols c’est un jeux d’enfant). Ce morceau de bois leur donne une face assez ridicule, toujours grimaçante, babine pendante et les yeux à moitié fermés. La pauvre bête tente quand même de garder ce qui lui reste de dignité en marchant la tête haute mais tout se gâche quand elle se met à ruminer, puis ruminer encore, puis en ruminant se met à péter, puis chier, et péter encore. Toujours à ruminer, péter, chier. Leur corps brûle de l’essence de façon constante. J’ai décidé quand même de nommer temporairement ma monture « Peter », avec l’accent anglais : « Peeteuah! ». Il pouvait donc faire la conversation avec Will, un de nos compagnons pour ce tour, qui vient d’Angleterre. Et qui, pardonnez cette parenthèse, s’est avéré être un officier de l’armée anglaise faisant parti du régiment qui a été créé en l’honneur du Général Wolfe, il y a environ 350 ans, mort en héro sur les plaines d’Abraham.

Enfin, après 20 minutes, j’ai eu envie de faire du cheval. Le chameau ne galope pas, suit le troupeau et en plus il pue. C’est pas très excitant sauf pour l’expérience... Ces bêtes (et leur guide) nous ont menés jusqu’au pied des dunes de sable. Voilà un défi de taille.


Notre expérience avec ce type de terrain s’est résumé à tenter l’escalade d’une dune, que j’ai appelé « the gate », la barrière. La première Dune avant d’entrer dans le désert de sable, une « Fat ass Dune ». Nous avons mis environ 50 minutes pour arriver au sommet, à environ 100-150 mètres peut-être? Dénivelé de 40-45 degrés. Sable mouvant, qui enfonce et qui vole par le vent dans nos yeux, nos narines, nos poumons, nos souliers, notre craque de fesse, notre appartement à Montréal…

Je sentais, en escaladant, les milliers de cigarettes qui hurlaient dans ma cage thoracique. Seule l’orgueil m’a poussé jusqu’en haut. Malheureusement, je n’ai pas de preuve visuelle car ma caméra était restée dans la Ger. Le sable lui aurait forcée à prendre son dernier cliché. Mais nous sommes finalement arrivé là-haut. En levant les yeux au travers le sable qui nous « sandblastait » le visage, d’autre sable, à perte de vue. Un paysage hostile et effrayant qui peut assécher quelque chose de vivant tout simplement en étant. Je n’ai quand même pas pris le risque de retomber l’autre côté. Puis après quelques clichés de mes compagnons de voyage, nous avons sautillé jusqu’à la terre ferme pour passer les 15 prochaines heures à nous en remettre. Expérience assez éprouvante avec le facteur assèchement, chose que j’ai trouvée intéressante à vivre quand même.


Friday, July 8, 2011

La Barrière de la langue


Difficile de communiquer. Parler à travers un déducteur. Sentiment amusant, nous rions chacun de notre réalité. Je n'ai pas les mots pour demander son nom, ni ceux pour comprendre les partitions. On se parle au compte goûte avec notre langage puis on rit devant cette sacade, ce miroir silencieux. C'est de façon soudaine qu'il met le doigt sur une corde et y glisse l'archès. C'est de façon soudaine qu'il me raconte son histoire. La note vibre et je comprend tout. Son histoire me parcours l'âme et fait battre mon coeur. Les notes se suivent et me parlent de moi-même. Nos émotions se côtoient. La musique est un langage universel.


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Thursday, July 7, 2011

Au milieu du Désert





C'est surprenant le nombre de personnes qui me demandent, en voyage: pourquoi la Mongolie? Beaucoup de touristes en Chine me posaient cette question avec cet air dans la face: "pourquoi pas le Tibet"?...

Comme si cette destination était le tiers-monde, rien à voir que de la misère et de la poussière… prendre ses vacances dans le bois en arrière, c'est la même chose. Pourtant... ce que j'ai pu y voir est d'une grandeur et d'une beauté comme, je crois, on peut rarement en voir ailleurs... J'ai visité et quitté ce pays avec l'impression qu'il est encore unique; on sent assez bien la presque absence d'infrastructure touristique et son caractère très rudimentaire, ce qui fait une visite très riche. Splendide. On me dit qu'il y a 15-20 ans, on pouvait ressentir cette authenticité en Inde et en Thailande, par exemple. Ces pays n'ayant pas encore découverts le filon touristique très lucratif. Je considère la chance que j'ai de visiter la Mongolie maintenant car avec ses paysages surréalistes et sa culture extrêmement intéressante, je crois que c'est un bon potentiel.


Ce petit pays est immense : comparable au Québec en superficie. Sur environ 3 millions d'habitants... le tiers vit à UlaanBaatar. Ville comparable à la moitié de Montréal par sa superficie. Mais c'est pas pour UB que le pays m'intéresse. L'étendu des paysages du côté de la campagne est magnifique. On se sent minuscule. Les pleines sont immenses et leur densité de population est ridiculement basse. Les yeux des nomades sont magnifiques et leur langue c'est de la musique. Au début c'est un peu étourdissant.



En sortant du camion après environ 8 heures de route cahoteuse à l'extrême (vitesse moyenne de croisière d’environ 40 km/h… et très difficile pour le dos), nous avons marché sur la poussière d’Erdenedalai, premier village rencontré. Vers le sud, aucune route n'est pavée. Le chauffeur doit être extrêmement expérimenté et connaitre le pays autant que le moteur de son camion. Aucune indication, pas de panneau, pas de repère sauf les montagnes et le soleil, puis les instructions des nomades qui y habitent... quand les repères deviennent douteux. Les routes de poussière se croisent, se suivent, se longent, se séparent. (Les compagnies minières dans le Gobi ont multipliées le nombre de routes de façon exponentielle, ce qui augmente la confusion pour les non-initiés... aussi bien que pour les inities!). C'est l'instinct et l'expérience, ( 7 années sous la bedaine. ) j'ose croire, qui a guidé Ganae (prononcer Gana), notre chauffeur ( très sympathique personnage que l'on entendait rire quand une bosse immense venait nous faire sauter dans le camion).


Village au milieu de nulle part donc, entouré de sable, presque désert, très romanesque, presque surréaliste (ils ont pourtant tous cette charge, je parle vraiment comme un touriste!) Les chiens errent dans les rues poussiéreuses. Nous admirions le paysage et je prenais un chien en photo avec une vieille bâtisse soviétique en arrière-plan quand notre guide nous donne le feu vert pour sortir nos sacs et nous installer.


Plus tard il y a ce monastère, l'un des seuls épargnés pendant le communisme. Le moine était très ravi de partager généreusement l'histoire de ce bâtiment, tout en pratiquant son anglais, qui était déjà largement mieux que mon Mongol.Voilà pour le premier soir. En bref, le plan pour ce voyage consistait à s'arrêter dans un village pour le diner et le souper était cuisiné par la guide, le soir venu, a notre camp de Gers. Ce soir-là, le premier soir, la nuit se passerait dans une guesthouse, exceptionnellement.


Je ne raconterai pas le voyage en détail et en ordre chronologique car ça risque d'être long. Mais en voici le contexte et les grandes lignes:

Khongor Guesthouse, un établissement basé à Ulaanbaatar qui accueille les backpackers, organise aussi des tours en 4x4. Ils ont une flotte de chauffeurs qui ont leur camion (de gros Fourgon russes, très puissants et totalement mécanique, sauf pour la radio... ce qui en fait une machine facile à réparer, même dans le milieu du désert, pour un chauffeur - mécano qui sait s'y prendre) et une équipe de guides sur appel qui accompagnent les touristes qui veulent visiter le pays. Les guides ne sont pas des professionnels, mais des étudiants qui parlent un peu anglais et connaissent un peu le pays, les coutumes... un peu. Arrivant dans la guesthouse, j'ai tout de suite montre mon intérêt pour un tour à travers le Gobi. Tout de suite le manager, Soyo, me propose de joindre un groupe qui cherche justement quelques personnes. Donc, quelques heures plus tard, tout était arrangé, puis le lendemain notre chauffeur nous attendait pour partir.


Le Gobi est sec. La température est correcte au début juin. Je crois que le maximum rencontré devait atteindre 28-29, mais aucune humidité. Il parait qu'en juillet c'est la canicule, jusqu'à 40 degrés. Donc nous avons choisi la bonne période. Nous étions un groupe de 6 personnes, compactés dans ce 4x4 qui pue l'essence plombée, à se faire brasser les fesses sur les routes.


Le jour 2 était prévu un arrêt à Bayanzag, petit endroit reconnu pour ses falaises rouge vives, les "flaming cliffs", qui donnent l’impression d’être en feu quand le soleil y plombe. Alyssa, Andrew et moi avons fait attendre l'équipe environ une heure, à parcourir les falaises, prendre des photos, admirer cette partie de la Mongolie.

Une heure à gambader dans ces photographies et se sentir infiniment petit et très loin de la maison, du travail, de la litière de minette et Doris. De la place pour courir, tourner, penser. Premier "ger camp". Il s’agit d’un petit emplacement pour les touristes, mais rien d'extravagant, avec 4-5 gers, une toilette sèche et un paysage incroyable. Nous dormions dans l’une de ces gers, qui compte 6 lits simple très rudimentaires et une cheminée. Nos sacs se vident et s’empilent près de ces lits. La soirée venue, nous pouvons explorer les alentour. C’est ici en fait que nous avons croisés nos premiers chameaux. Très intéressant de voir ce troupeau d'une cinquantaine de bêtes qui se suivaient au soleil couchant. Grosses bêtes au regard stupide et adorable, mais à l'allure fière et gracieuse, a première vue... J'en parlerai prochainement, car je vais en fait monter sur l'une de ces bêtes dans 2 jours.